• BIENVENUE A LA CHAPELLE DES BUIS

    Fraternité franciscaine de Besançon (FRANCE)

C’est quoi l’itinérance ?

Frère Boris nous livre quelques pistes de réflexion sur l’itinérance :

En mission itinérante franciscaine

L’itinérance est un thème dominant dans la Bible : le peuple hébreu est un peuple en marche vers sa terre promise et les grands croyants de l’ancien Testament se définissent eux-mêmes comme des itinérants ou des pèlerins du fait qu’ils n’ont pu obtenir mais seulement voir de loin l’objet de leur promesse vers lequel ils sont en marche. Ainsi Abraham, depuis sa terre chaldéenne, alla de campement en campement, nous dit le texte (cf. Gn 12,4-10). L’Exode est perçu comme le chemin allant de l’esclavage à la liberté et toutes les alliances renouvelées au cours des siècles sont comme un retour vers Dieu après un long cheminement intérieur qui fait quitter l’infidélité, pour s’attacher de manière renouvelée au Dieu de vie qui chemine avec son peuple. Toute l’histoire d’Israël peut ainsi être comprise comme une longue marche vers l’accomplissement de la promesse de Dieu qui culmine en Jésus-Christ.
Jésus, apparaît, lui, comme l’itinérant par excellence : il est constamment en déplacement au point de n’avoir pas de lieu où reposer la tête (Lc 9,58) ; il appelle des disciples (Mc 1,20) pour marcher à suite et tous ceux qui oseront se lancer derrière lui, il leur promet la lumière de la vie (cf. Jn 8,12).
Enfin, il envoie ses disciples : et le groupe des douze apôtres et le groupe des soixante-douze disciples avec les mêmes consignes : d’aller deux par deux, de ne rien emporter pour la route et d’annoncer la paix (cf. Lc 10,1-9)
Les disciples sont donc formés par le Christ lui-même à l’évangélisation itinérante ; Après la Pentecôte, la première communauté de fidèles du Christ, le nouveau peuple de Dieu, portera un nom emprunté au vocabulaire du chemin : les adeptes de la Voie (cf. Ac 9,2 où ce terme apparaît pour la première fois)
L’auteur de l’épitre aux Hébreux, au chapitre 11, alors qu’il médite sur la foi des patriarches, présente la communauté des croyants comme une communauté de pèlerins, étrangers et voyageurs.
Le mouvement de la marche est ainsi lié à la foi et ceci non seulement au départ, mais aussi tout au long du chemin qui peut être parsemé d’embûches et même de combats intérieurs. L’itinérance, de spatiale qu’elle était jusque là, devient aussi une itinérance intérieure, spirituelle. Le détachement d’un lieu pour en atteindre un autre devient le reflet du détachement de soi-même en vue de n’appartenir qu’à Dieu. L’itinérance devient ainsi également chemin de conversion. Tous les pèlerinages nous montrent les changements intérieurs que la marche produit. Toutefois, ce n’est pas encore le point culminant du chemin. Car la grande innovation du Nouveau Testament sur ce thème est l’identification du chemin avec le Christ qui dit : je suis le Chemin, la Vérité, la Vie (Jn 14,6). Dès lors, la marche, l’itinérance, ne peut être recherchée pour elle-même mais comme un enracinement dans le Christ qui se fait chemin d’accès vers le Père et qui chemine également vers les gens afin de leur donner accès au Royaume, par amour eux. Jusqu’à aller chercher la plus égarée des brebis. Sur ce chemin, l’appel à la conversion, à la metanoïa, est incontournable car l’homme est appelé à coopérer à son salut.
C’est l’amour du Crucifié et des hommes qui va pousser François à prendre le même chemin que le Christ. Thomas de Celano nous le dépeint ainsi :

Les sentiments tout naturels de son cœur suffisaient déjà à le rendre fraternel pour toute créature ; il ne faut pas s’étonner que, dans l’amour du Christ, il soit devenu davantage encore le frère des hommes, que le Créateur a faits à son image. Rien n’est plus important, disait-il, que de sauver les âmes et il en donnait pour preuve la croix sur laquelle, pour sauver les âmes, le Fils de Dieu voulut mourir. C’est là que nous trouvons le secret de son ardeur à prier, de son assiduité à prêcher, de ses exagérations quand il s’agissait de donner l’exemple. Il ne se considérait comme un ami du Christ qu’à la condition d’aimer les âmes comme le Christ les avait aimées. A ses yeux, le motif déterminant de vénérer les docteurs, c’était leur participation à l’œuvre du Christ dont ils sont les auxiliaires. (2Cel 172)

Au début de sa conversion, lorsque François entend, à la Portioncule, l’évangile de l’envoi en mission des disciples (Mt 10, 5-14;), il en est à ce point retourné qu’il s’écrie: C’est cela que je veux, c’est cela que je cherche, ce que je désire du fond de mon cœur.(1 Cel 22) Cet événement-clé a marqué toute sa vie au point qu’il a fait passer l’annonce de l’Évangile avant son désir de vie érémitique. Et de fait, François a à peine trois compagnons que déjà se forment deux groupes : Bernard et Égide prennent la direction de Saint-Jacques de Compostelle, François et le quatrième s’en vont dans la vallée de Rieti. Quelque temps plus tard, ils se retrouvent à Assise. Quand ils sont huit, ils s’en vont, deux par deux, en direction des quatre points cardinaux. En 1209-1210, au nombre de douze, ils s’en vont à Rome demander au pape de confirmer leur forme de vie, écrite en peu de mots et simplement (Test 15). Après quelques hésitations, Innocent III confirme oralement leur forme de vie et les autorise à prêcher la pénitence au peuple (cf. 1 Cel 32-33). François allait … par villes et hameaux, annonçant … le règne de Dieu, prêchant la paix, enseignant le salut et la pénitence pour le pardon des péchés(1 Cel 36).
L’originalité de François lorsqu’il retrouve la mobilité apostolique réside dans le fait que son itinérance intègre la mendicité. Nulle part dans les Écritures cette dernière n’apparaît explicitement et nous savons même que la bourse commune au Christ et aux apôtres était confiée à Judas. Mais la contemplation du Christ pauvre qui n’a pas où reposer sa tête et le dépouillement dont il fait preuve fera que François choisira la mendicité et la mentionnera même explicitement dans sa première règle, en la recommandant pour ses frères et pour lui-même :

Lorsqu’il le faudra, ils iront quêter en nature. Qu’ils n’aient point honte : qu’ils se rappellent plutôt que notre Seigneur Jésus-Christ, le Fils du Dieu vivant tout puissant, a rendu son visage dur comme pierre, sans rougir : qu’il fut pauvre et sans abri, qu’il a vécu d’aumônes, lui, et la bienheureuse Vierge, et ses disciples. Quand on leur ferait honte et qu’on leur refuserait l’aumône, ils devraient en rendre grâces à Dieu ; car de ces affronts, ils recevront grand honneur devant le tribunal de notre Seigneur Jésus-Christ. Qu’ils le sachent bien : l’affront fait tort non à ceux qui le souffrent, mais à ceux qui l’infligent. L’aumône est l’héritage et le droit des pauvres : notre Seigneur Jésus-Christ nous les a acquis. Les frères qui auront travaillé pour obtenir en échange ces aumônes recevront eux-mêmes une grande récompense, mais ils font aussi gagner et acquérir une grande récompense à ceux qui leur donnent ; car tout ce que les hommes doivent abandonner en quittant le monde disparaît à jamais ; mais, de la charité et des aumônes qu’ils auront faites, ils recevront du Seigneur la récompense. (1Reg 9,3-9)

La mendicité fait que les envoyés se retrouvent en situation de vulnérabilité et non de pouvoir, ce qui est ou devrait être un trait caractéristiques de frères qui portent le nom de mineurs. La rencontre dans la pauvreté nourrit la foi elle-même car il ne peut plus être question de s’appuyer sur ses propres biens mais sur la seule confiance en Dieu. Elle est donc une aide précieuse pour mettre Dieu au centre de notre vie. L’itinérance alliée à la mendicité permettent donc une authentique expérience spirituelle disant la proximité de Dieu envers ceux qui consentent à mettre leur confiance en lui jusqu’à se laisser guider et être entièrement dépendant des autres.
Alors devant la joie de telles rencontres inattendues mais heureuses, une question émerge : nos contemporains n’attendent-ils pas que des chrétiens viennent les rencontrer chez eux ? Même si certaines visites à domicile peuvent susciter de la méfiance chez quelques uns, l’expérience montre toute la richesse et la beauté qui émanent des rencontres qui se sont faites en surprenant autant les visités que les visiteurs. Le merci mutuel au moment de se quitter dit toute la joie et le bonheur qu’il y a eu d’avoir été visité ou d’avoir été accueilli.

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