Homélie (1) du dimanche 17 décembre 3ème dimanche de l’Avent – Année B

SOYEZ TOUJOURS DANS LA JOIE

« Frères, soyez toujours dans la joie. » L’appel de Paul vient percuter nos cœurs meurtris par le déchainement de violence, tant d’horreurs perpétrées sous nos yeux, mais aussi par la myopie et le manque de courage politique de nos dirigeants face à la catastrophe écologique. La désespérance nous guette. Dans ce contexte, l’invitation à la joie nous parait être, au mieux comme un doux rêve, au pire comme une insulte faite à tous ceux qui subissent cruellement la violence et l’injustice.

Ce serait oublier que Paul et la communauté à laquelle il s’adresse vivent l’angoisse de la persécution. De même, Marie chante son Magnificat dans un pays occupé, miné par la violence et l’injustice.

Quelle est donc cette joie à laquelle Paul nous invite ? Toute la Bible nous révèle que c’est la joie même de Dieu. En lui se trouve la source de la joie, dans la relation d’amour qui unit le Père avec son Fils dans l’Esprit. La joie naît de la relation. A contrario la tristesse et l’angoisse sont les fruits d’une relation brisée, faussée, dénaturée.

Et pourtant, Dieu ne désespère pas de nous faire vivre de sa joie. Il continue opiniâtrement à croire en nous et décide de renouer le fil de la relation. Sa joie se fait miséricorde. Il se penche vers notre monde meurtri pour l’habiter de sa présence, le transfigurer de sa lumière.

« Le Seigneur m’a envoyé porter la bonne nouvelle aux humbles, guérir ceux qui ont le cœur brisé, proclamer aux captifs la délivrance, aux prisonniers leurs libération », proclame Isaïe repris par Jésus au début de son ministère public.

Relisez l’Evangile. Tout nous parle de la joie de Dieu. Joie du Père retrouvant son fils après une longue errance, joie du berger retrouvant la brebis perdue, joie du maître qui invite à sa table exclus, estropiés, pécheurs publics… Nous faisons la joie de Dieu lorsque nous saisissons sa main tendue qui nous relève sans cesse et nous donne de croire en nous.

Toute la Bible nous parle de la fidélité de ce Dieu qui tient parole et réalise sa promesse, ce Dieu qui vient. « Il est fidèle, celui qui vous appelle : tout cela, il le fera. » Dieu ne ment pas. Son amour et sa joie ne nous font pas défaut. Mais nous ne sommes pas au rendez-vous de sa joie. Nous ignorons ses initiatives bienveillantes. Nous ne les voyons pas.

« Au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas. » La grande affaire de ce temps de l’Avent est de reconnaître et accueillir celui qui vient. Une rencontre a changé le cours de ma vie. Alors que je traversais une dépression profonde, que je ne trouvais plus de sens à ma vie, je suis parti servir à la Cité Saint Pierre, à Lourdes. Là, on me demanda de me mettre à l’écoute des personnes isolées, en souffrance. Qu’allais-je pouvoir leur apporter ? Je m’approchai tout tremblant d’un vieil homme recroquevillé sur sa chaise. Je me mis à genou devant lui, à sa hauteur, et lui pris la main. Je ne me souviens plus des paroles échangées mais simplement d’une indicible joie qui avait envahi mon cœur. Ma misère m’avait conduit à vivre une communion profonde avec cet homme blessé qui m’avait apporté consolation et joie.

Je vous invite à faire mémoire dans votre vie de ces rencontres lumineuses qui ont été pour vous de véritables visitations, sources de joie profonde. Avec qui allez-vous partager cette joie cette semaine ?

Dieu notre Père,

ta joie est en nous,

profondément enracinée,

signe de ta discrète présence.

Ôte le voile de tristesse et d’angoisse

qui obscurcissent notre vie.

Ouvre-nous à la joie de la relation

avec les plus pauvres

de nos frères et de nos sœurs

et avec notre terre meurtrie.

Frère Nicolas Morin

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