Homélie du 10 juillet, 15ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C

Parabole du bon samaritain

La scène se déroule sur la route de Jérusalem à Jéricho. Une route encaissée, réputée dangereuse.

Sur le bord de la route gît un homme blessé, roué de coups par des brigands, à demi mort.

La route est le lieu du passage et de la vie. Être sur le bord de la route, c’est être physiquement exclu de cette dynamique de vie

Qui est cet homme ? On ne le sait pas. Il n’a pas de nom. Peut-être pour que tout homme blessé par la vie se reconnaisse en lui ?

Pour cet homme, il n’y a plus d’espoir. Il ne peut compter sur lui-même pour s’en sortir. La seule force de salut se trouve dans l’hypothétique secours d’un autre. Allongé au bord du chemin, cet homme blessé attend qu’une personne veuille bien le regarder, s’arrêter et le secourir. Il attend. Il espère. C’est un pauvre.

Arrive sur la route un prêtre, personnage important dans la hiérarchie juive, de la caste sacerdotale. Tout comme le lévite qui viendra plus tard.

« Il vit l’homme et passa de l’autre côté (à bonne distance). »

Tous deux voient l’homme mais ne sont pas touchés par sa blessure. Ils ne se sentent pas concernés. Au contraire, ils mettent de la distance entre eux et lui, passant de l’autre côté, comme pour bien signifier qu’ils ne sont pas du même bord, du même monde, de la même humanité.

Le prêtre comme le lévite trouvent leur assurance, leur équilibre de vie, dans la Loi. Ils connaissent la Loi par cœur et ils ont pour mission de l’enseigner et de la faire respecter. Mais ils ne se rendent pas compte qu’ils vivent dans un monde clos, un monde fondé sur l’exclusion de l’autre différent. La Loi devient alors l’instrument qui vient conforter l’ordre établi.

Remarquez que Jésus décrit la scène sans porter de jugement moral sur l’attitude des personnages. Il décrit simplement la scène.

Ce que ces deux acteurs ignorent, c’est qu’en passant de l’autre côté, à distance de l’être blessé, ils se coupent de la source même de la vie et de la joie. Ils sont dans l’impossibilité physique, psychologique, spirituelle, de se risquer à vivre. Ils n’ont pas découvert que le chemin de la joie passe nécessairement par le risque de l’ouverture à l’autre.

Ne passons pas trop vite sur cet enfermement. C’est notre drame pour chacun. C’est le drame et la tentation de nos communautés, qu’elles soient chrétiennes, politiques, amicales… Demandons-nous comment nous-même, ou bien notre communauté ou notre famille réagissons lorsque survient quelqu’un de différent, non choisi, non désiré…

L’autre différent surgit toujours dans ma vie de manière inattendue. Sa blessure bien souvent me fait violence, d’autant plus si cette personne est proche. C’est tellement plus facile d’aller porter secours en Afrique, sachant que je vais retrouver mon univers familier au retour ! Mais voici qu’un frère ou une sœur de ma communauté va mal, et c’est tout le vivre ensemble, ce fragile équilibre qui est mis à mal. Je ne peux faire autrement que de voir. Certes, je peux essayer de fermer les yeux, de mettre de la distance, de me protéger, me préserver. Mais qui entendra son cri ?

Arrive le troisième homme. Il n’a pas non plus de nom. Il est simplement désigné par sa nationalité : c’est un Samaritain.

Le Samaritain est lui-même un homme blessé. Il fait chaque jour l’expérience de sa différence avec les juifs orthodoxes. Une frontière les sépare.

« Il arriva près de l’homme : il le vit et fut pris de pitié. »

Il s’approche. C’est le mouvement même de l’Incarnation. En Jésus, Dieu s’approche de l’humanité blessée. Toute l’Écriture nous présente le Messie comme le bon berger, pris aux entrailles par sa brebis égarée, malade, pécheresse.

Sa blessure ouvre le Samaritain à plus blessé que lui. S’il est touché, c’est parce que sa blessure entre en résonance avec la sienne. Sa blessure, accueillie, assumée, devient le lieu de l’ouverture à l’autre. Il n’est plus le Samaritain que l’on évite ; il est celui par qui la vie, le salut, arrive. Lui, le blessé, panse les plaies de l’homme sur le bord du chemin.

Regardez la grande délicatesse de cet homme. Il ne s’incruste pas dans la relation. Il s’assure que le blessé est rendu à la vie puis il le confie à un aubergiste, lui donnant de quoi parfaire la guérison. L’amour ne crée pas de dépendance mais il assure les conditions du bonheur de l’autre.

Ce que devient le Samaritain, la parabole ne le dit pas.

C’est le dialogue de Jésus avec le légiste qui nous permet de le supposer. Jésus ne raconte pas tant la parabole pour donner une leçon de morale (il faut porter secours au malheureux au bord de la route) que pour donner une chance au légiste de s’identifier au Samaritain, de sortir de sa suffisance, de reconnaître sa propre blessure et de trouver la joie, la vie éternelle dans l’ouverture à la blessure de l’autre.

Il y a tout cela dans l’invitation pressante de Jésus : « Va, et toi aussi, fais de même. »

Frère Nicolas Morin

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