Homélie du 14 novembre 2021 – 33ème dimanche du Temps Ordinaire – Année B

Journée mondiale des pauvres 2021

Qu’elles sont nombreuses les personnes de tous horizons qui viennent aux Rencontres fraternelles, rassasiées de solitude, de souffrances physiques, de honte d’avoir perdu un travail, d’avoir été abandonné, doutant d’être aimés !

Elles viennent là quérir une parole de réconfort, une reconnaissance, se raccrocher à leur Dieu d’autrefois mais ne savent pas ce que veut dire prendre la parole, encore moins exprimer quelque chose d’elles mêmes ! Certains sont paralysés par des peurs incontrôlables : c’est ainsi qu’en allant les prendre chez eux, le dimanche, jour de grande solitude, on peut recevoir avec toute son angoisse ce cri tragique : « Je ne peux pas venir : tous les gens dehors sont méchants ! »

D’autres parfois, chez qui un terrible combat se passe en eux contre un ennemi invisible , chuchotent, en début de rencontre, à l’oreille du voisin: «aujourd’hui, je ne pourrai rien dire »! Nous ne pouvons que leur répondre qu’elles sont là et que c’est cela l’important. Certains se croient toujours inférieurs aux autres et osent le dire : « Je sais que je ne suis pas malin ; je ne sais pas dire les choses et on rit de moi ! »

Pour quelques uns la détresse muette au fond de leur prison est si grande que nous pouvons palper malgré eux leur mal être. Ce n’est pas facile de laisser voir sa vulnérabilité jusqu’à partager sans retenue sa révolte Il faut alors mettre une retenue pour ne pas aller trop loin dans le déballage de son intimité qui pourrait mettre mal à l’aise ensuite. Reste que « tout ce qui s’exprime ne s’imprime plus dans notre for intérieur. Ils sont nombreux à s’être construits des murailles en hâte contre les agressions extérieures mais sans se ménager une porte de sortie. Alors après chaque réunion nous prions les uns pour les autres, en vérité.

Pour nous, les référents qui nous voulons d’égalité à égalité avec ces personnes, ce n’est pas non plus facile d’être dépouillés et présents. Nous implorons souvent l’Esprit de nous donner la bonne attitude qui ne les renfermera pas encore un peu plus en eux mêmes et de nous souffler la parole capable de leur apporter un espoir de délivrance.

Mais c’est dans le partage de la Parole de Dieu que nos amis sont le plus bouleversants. Le partage est toujours très animé: l’évangile les renvoyant à leur vie ; ils s’y reconnaissent, il nous le font redécouvrir d’une autre façon avec des mots tous simples, étonnants, bien à eux . Pour nous, souvent, c’est avec la tête que nous lisons l’évangile , eux c’est avec leur cœur. C’est là qu’ils sont vraiment nos évangélisateurs. Au fil des mois, au fil des rencontres ou l’on apprend difficilement à s’écouter patiemment, sans jugement et où l’on prend le temps de s’ouvrir à la Parole de Dieu, nous les voyons étonnés d’abord, puis émerveillés de découvrir qu’ils ont de l’importance aux yeux de Dieu et aussi à nos yeux. La confiance en eux et envers leur entourage revient, les lèvres s’ouvrent et ils nous révèlent alors une richesse d’humanité et de foi insoupçonnées qu’ils avaient enfouis et oubliés au plus profond d’eux mêmes. Untel ose demander à son employeur un autre poste qui lui conviendrait mieux ; un autre qui avait peur du dehors ose s’inscrire pour passer le permis de conduire : “Je suis fier de moi, j’ai fait mieux que certains qui se moquaient de moi” Celle qui ne pouvait pas parler à certaines réunions semble avoir libéré des élans de son cœur, sans doute empêchés depuis de longues années, pour écrire des poèmes enflammés adressés à Dieu. Par des pétitions et un élan de générosité qui leur fait dépasser leur propre misère, tous les membres se mobilisent pour une personne d’un groupe frappée soudainement d’OQTF (Obligation de quitter la France) : ils réussiront à lui obtenir un titre de séjour.

Quelle joie, quelle espérance, quel émerveillement pour chacun de nous de voir les uns les autres, des familles se libérer un peu plus chaque jour de leurs lourds fardeaux. Pour d’autres il nous faut rester encore plus attentifs à eux. La misère semble appeler la misère. Mais quel bonheur quand on peut entendre « Je sais un peu plus maintenant pour quoi, pour Qui je vis » ou « les R.F. m’ont fait retrouver l’Église » ou encore « Elles sont ma 2ème famille ». Mais il ne faut pas croire que nous sommes le seul mouvement à accompagner les petits. Ils nous faut œuvrer tous ensemble pour construire le Royaume de Dieu. Et c’est ce que fait le Réseau St Laurent piloté par le Secours Catholique.

Dans notre évangile d’aujourd’hui, Jésus se sent arrivé au bout de sa vie. Il sent qu’on va l’arrêter et le condamner à mort. Dans ces circonstances, il aurait pu avoir un discours défaitiste, dégouté de la manière dont les hommes allaient le traiter. Or Jésus tient un discours d’espoir, sans cacher les épreuves pour autant. Il projette ces épreuves et cette espérance sur la fin des temps. Il parle de la destruction des sources de lumière, du soleil, de la lune et des étoiles. Mais à leur place, on verra venir le Fils de l’homme sur les nuées avec grande puissance et grande gloire. Celui dont la vie va bientôt être bafouée va éclairer toute l’humanité. Et ce qui est pour nous important , c’est que Jésus veut rassembler les élus des 4 coins du monde, de l’extrémité de la terre à l’extrémité du ciel. Jésus ne parle donc pas de jugement de l’humanité mais d’un rassemblement de l’humanité. Il veut réunir dans l’unité les gens dispersés. Ceux qui comme les disciples, se disperseront au jour de la passion de Jésus, ceux qui aujourd’hui sont dispersés par la guerre et la famine, par la menace d’emprisonnement et de tortures. Ceux qui ont perdu leur chemin dans la vie, Jésus veut les rassembler. Et ce rassemblement concerne toute l’humanité et pas seulement les disciples proches. C’est un message d’espérance pour nous tous. Nous ne sommes pas dans un monde qui va à la dérive mais dans un monde qui va vers l’unité de tout le genre humain. Certes ce n’est pas facile à imaginer. Mais cela donne sens à notre vie. L’humanité ne va pas vers n’importe quoi. Elle va vers un bonheur lié à la Rencontre Universelle avec Dieu.

Alors confions au Seigneur nos fragilités et nos ténèbres et laissons le venir à nous pour nous éclairer.

Il nous rassemblera près de lui, dans la sécurité et dans l’amitié d’une humanité réconciliée.

Peut être une image de une personne ou plus et texte qui dit ’Journée Mondiale des Pauvres’

Les franciscains de la chapelle des buis

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