Homélie du 3 juillet, 14ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C

LA BIBLE NOUS RÉVÈLE QUI NOUS SOMMES

Voici quatre passages de la Bible qui tous, avec des accents différents, nous révèlent qui nous sommes pour Dieu et qui est Dieu pour nous.

Ce passage du livre d’Isaïe est écrit peu après le retour à Jérusalem des exilés de Babylone. Imaginez le fol espoir de ces hébreux qui, durant cinquante ans, ont rêvé à ce jour béni où ils retrouveraient leur terre, cette terre promise par Dieu. Mais voilà que rien ne se passe comme prévu. Leurs maisons sont occupées par d’autres et ceux des hébreux qui n’ont pas été déportés ne sont pas forcément enthousiastes à l’idée de devoir faire une place à tous ces réfugiés.

Quelle douche froide ! Quelle déception ! Il y a bien de quoi crier sa révolte et sa souffrance. Pourtant, au lieu d’un cri de révolte, Isaïe invite à la joie : « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! » Et Isaïe d’annoncer la consolation du peuple par Dieu : « De même qu’une mère console son enfant, moi-même, je vous consolerai, dans Jérusalem, vous serez consolés. »

D’où le peuple tire donc sa certitude d’être consolé par Dieu ? Où puise-t-il la force d’espérer contre toute espérance ?

C’est le psaume, écrit à peu près à la même époque, qui nous donne la réponse. Ce psaume de louange chante les merveilles de Dieu :

 « Venez et voyez les hauts faits de Dieu,

 ses exploits redoutables pour les fils des hommes.

 Il changea la mer en terre ferme : ils passèrent le fleuve à pied sec.

  De là, cette joie qu’il nous donne. Il règne à jamais par sa puissance. »

Vous avez bien sûr reconnu l’évocation de la libération d’Égypte. Le peuple puise dans son histoire, dans sa mémoire, son espérance. Si Dieu, alors que nous étions esclaves en Égypte, s’est révélé comme celui qui nous libère de l’esclavage, alors il continue aujourd’hui encore son travail de libération et de recréation. Quand Dieu promet, quand Dieu s’engage, c’est pour toujours. Dieu ne reprend pas sa parole.

Être chrétien, c’est avoir de la mémoire. Nous ne sommes pas une génération spontanée. Notre foi s’enracine dans l’expérience de nos pères qui, depuis quatre mille ans, accueillent dans leur vie ce Dieu qui les rend libre. A une époque où tout bouge très vite, il est bon de s’enraciner dans cette histoire sainte. Nous en sommes les héritiers et les acteurs. Aujourd’hui encore, Dieu vient à nous pour faire de nous des hommes et des femmes libres, malgré les échecs et tout ce qui peut nous enfermer. Notre Dieu ne se donne pas pour se reprendre ensuite. Sa fidélité est de toujours, même lorsque nous sommes infidèles.

Et voici la deuxième caractéristique de notre identité chrétienne, soulignée fortement par Saint Paul : Être chrétien, c’est placer notre confiance en Jésus, le Christ.

Dimanche dernier, dans cette Deuxième même lettre aux Galates, nous entendions Paul nous dire : « Frères, si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. » Autrement dit, ce qui fait votre identité chrétienne, ce n’est pas l’observance de telle ou telle pratique, c’est de vous laisser sauver par le Christ. Nous serons toujours des pécheurs. Nous n’arriverons jamais à la cheville de Jésus. Mais nous sommes des pécheurs pardonnés dans la mort et la résurrection de Jésus. Et cela change tout. Être chrétien, ce n’est pas se regarder le nombril à la recherche d’une impossible perfection, c’est regarder en face notre radicale pauvreté et accueillir le Christ qui vient habiter au cœur même de cette pauvreté. Qu’est-ce que le Christ aurait à faire de nos richesses, lui qui, pour nous, s’est fait pauvre, afin de nous enrichir de sa pauvreté ? Notre seule richesse, que personne ne pourra jamais nous ravir, c’est le Christ.

L’Évangile vient apporter encore un élement nouveau par rapport à notre identité : Etre chrétien, c’est se laisser choisir et envoyer par Dieu.

Lorsque je suis entré chez les franciscains, j’étais bien décidé à changer le monde et l’Église. Ils allaient voir à qui ils avaient à faire !

Il m’a fallu bien des années, et bien des échecs, avant d’accepter de laisser sur le bord de la route manteau, sandales et bâton, et paraître nu face à Dieu. Seule restait mon incapacité radicale à aimer, et cette question comme unique prière : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

Alors, et alors seulement, j’ai pu accepter non pas de choisir le Christ, mais de me laisser choisir par lui. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit Jésus, c’est moi qui vous ai choisis et institués, pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jn 15).

C’est un travail de purification intérieure sans cesse à recommencer. Ce que nous donnons d’une main, nous le reprenons de l’autre…

Mon engagement est un « Oui » ‒ tantôt émerveillé, tantôt redit dans l’obscurité de la foi ‒, à l’appel du Seigneur : « Suis-moi ! » Mais qu’est-ce que j’ai fait à Dieu pour qu’il me veuille tant de tendresse ?

Lorsque François d’Assise entendit un jour la proclamation de cet Évangile durant la messe, il sortit fou de joie et s’écria : « Voilà ce que je cherche, voilà ce que du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir. » Dieu l’appelait à devenir le petit pauvre, à l’image et à la ressemblance de Jésus qui pour nous s’est fait pauvre.

Et lorsque François écrira en peu de mots la première règle des frères mineurs, il reprendra simplement l’Évangile : « Allez deux par deux. N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales. Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. » C’est la paix de celui qui a ouvert les yeux sur l’abime de sa faiblesse et de son péché, et, dans le même mouvement, a croisé le regard de miséricorde de Jésus. Se découvrir aimé au cœur même de notre faiblesse. Se découvrir pécheur pardonné. C’est la paix du Ressuscité, marqué des stigmates de sa Passion apparaissant aux onze enfermés dans leur culpabilité.

Ce matin, laissons la parole de Jésus résonner en nos cœurs. N’ayons pas peur de nous livrer à lui, redisant simplement : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Nous l’entendrons alors nous redire : « Que cherches-tu ? Veux-tu, toi aussi, te laisser choisir par moi ? » Voici quatre passages de la Bible qui tous, avec des accents différents, nous révèlent qui nous sommes pour Dieu et qui est Dieu pour nous.

Ce passage du livre d’Isaïe est écrit peu après le retour à Jérusalem des exilés de Babylone. Imaginez le fol espoir de ces hébreux qui, durant cinquante ans, ont rêvé à ce jour béni où ils retrouveraient leur terre, cette terre promise par Dieu. Mais voilà que rien ne se passe comme prévu. Leurs maisons sont occupées par d’autres et ceux des hébreux qui n’ont pas été déportés ne sont pas forcément enthousiastes à l’idée de devoir faire une place à tous ces réfugiés.

Quelle douche froide ! Quelle déception ! Il y a bien de quoi crier sa révolte et sa souffrance. Pourtant, au lieu d’un cri de révolte, Isaïe invite à la joie : « Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez à cause d’elle, vous tous qui l’aimez ! » Et Isaïe d’annoncer la consolation du peuple par Dieu : « De même qu’une mère console son enfant, moi-même, je vous consolerai, dans Jérusalem, vous serez consolés. »

D’où le peuple tire donc sa certitude d’être consolé par Dieu ? Où puise-t-il la force d’espérer contre toute espérance ?

C’est le psaume, écrit à peu près à la même époque, qui nous donne la réponse. Ce psaume de louange chante les merveilles de Dieu :

« Venez et voyez les hauts faits de Dieu,

ses exploits redoutables pour les fils des hommes.

Il changea la mer en terre ferme : ils passèrent le fleuve à pied sec.

De là, cette joie qu’il nous donne. Il règne à jamais par sa puissance. »

Vous avez bien sûr reconnu l’évocation de la libération d’Égypte. Le peuple puise dans son histoire, dans sa mémoire, son espérance. Si Dieu, alors que nous étions esclaves en Égypte, s’est révélé comme celui qui nous libère de l’esclavage, alors il continue aujourd’hui encore son travail de libération et de recréation. Quand Dieu promet, quand Dieu s’engage, c’est pour toujours. Dieu ne reprend pas sa parole.

Être chrétien, c’est avoir de la mémoire. Nous ne sommes pas une génération spontanée. Notre foi s’enracine dans l’expérience de nos pères qui, depuis quatre mille ans, accueillent dans leur vie ce Dieu qui les rend libre. A une époque où tout bouge très vite, il est bon de s’enraciner dans cette histoire sainte. Nous en sommes les héritiers et les acteurs. Aujourd’hui encore, Dieu vient à nous pour faire de nous des hommes et des femmes libres, malgré les échecs et tout ce qui peut nous enfermer. Notre Dieu ne se donne pas pour se reprendre ensuite. Sa fidélité est de toujours, même lorsque nous sommes infidèles.

Et voici la deuxième caractéristique de notre identité chrétienne, soulignée fortement par Saint Paul : Être chrétien, c’est placer notre confiance en Jésus, le Christ.

Dimanche dernier, dans cette Deuxième même lettre aux Galates, nous entendions Paul nous dire : « Frères, si le Christ nous a libérés, c’est pour que nous soyons vraiment libres. » Autrement dit, ce qui fait votre identité chrétienne, ce n’est pas l’observance de telle ou telle pratique, c’est de vous laisser sauver par le Christ. Nous serons toujours des pécheurs. Nous n’arriverons jamais à la cheville de Jésus. Mais nous sommes des pécheurs pardonnés dans la mort et la résurrection de Jésus. Et cela change tout. Être chrétien, ce n’est pas se regarder le nombril à la recherche d’une impossible perfection, c’est regarder en face notre radicale pauvreté et accueillir le Christ qui vient habiter au cœur même de cette pauvreté. Qu’est-ce que le Christ aurait à faire de nos richesses, lui qui, pour nous, s’est fait pauvre, afin de nous enrichir de sa pauvreté ? Notre seule richesse, que personne ne pourra jamais nous ravir, c’est le Christ.

L’Évangile vient apporter encore un élement nouveau par rapport à notre identité : Etre chrétien, c’est se laisser choisir et envoyer par Dieu.

Lorsque je suis entré chez les franciscains, j’étais bien décidé à changer le monde et l’Église. Ils allaient voir à qui ils avaient à faire !

Il m’a fallu bien des années, et bien des échecs, avant d’accepter de laisser sur le bord de la route manteau, sandales et bâton, et paraître nu face à Dieu. Seule restait mon incapacité radicale à aimer, et cette question comme unique prière : Seigneur, que veux-tu que je fasse ?

Alors, et alors seulement, j’ai pu accepter non pas de choisir le Christ, mais de me laisser choisir par lui. « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, dit Jésus, c’est moi qui vous ai choisis et institués, pour que vous alliez, que vous portiez du fruit et que votre fruit demeure » (Jn 15).

C’est un travail de purification intérieure sans cesse à recommencer. Ce que nous donnons d’une main, nous le reprenons de l’autre…

Mon engagement est un « Oui » ‒ tantôt émerveillé, tantôt redit dans l’obscurité de la foi ‒, à l’appel du Seigneur : « Suis-moi ! » Mais qu’est-ce que j’ai fait à Dieu pour qu’il me veuille tant de tendresse ?

Lorsque François d’Assise entendit un jour la proclamation de cet Évangile durant la messe, il sortit fou de joie et s’écria : « Voilà ce que je cherche, voilà ce que du plus profond de mon cœur, je brûle d’accomplir. » Dieu l’appelait à devenir le petit pauvre, à l’image et à la ressemblance de Jésus qui pour nous s’est fait pauvre.

Et lorsque François écrira en peu de mots la première règle des frères mineurs, il reprendra simplement l’Évangile : « Allez deux par deux. N’emportez ni argent, ni sac, ni sandales. Dans toute maison où vous entrerez, dites d’abord : Paix à cette maison. » C’est la paix de celui qui a ouvert les yeux sur l’abime de sa faiblesse et de son péché, et, dans le même mouvement, a croisé le regard de miséricorde de Jésus. Se découvrir aimé au cœur même de notre faiblesse. Se découvrir pécheur pardonné. C’est la paix du Ressuscité, marqué des stigmates de sa Passion apparaissant aux onze enfermés dans leur culpabilité.

Ce matin, laissons la parole de Jésus résonner en nos cœurs. N’ayons pas peur de nous livrer à lui, redisant simplement : « Seigneur, que veux-tu que je fasse ? » Nous l’entendrons alors nous redire : « Que cherches-tu ? Veux-tu, toi aussi, te laisser choisir par moi ? »

Frère Nicolas Morin

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