Homélie du 4 septembre, 23ème dimanche du Temps Ordinaire – Année C

DEVENIR VRAIMENT LIBRE

Les foules suivent Jésus, avides de sensationnel : quel signe va-t-il donc accomplir encore aujourd’hui ? Jésus, lui, est tout entier tourné vers Jérusalem, lieu de la croix, signe de son amour inconditionnel, de sa vie offerte pour tous. Alors il se retourne vers la foule pour lui dire : « Si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères et sœurs, et même à sa propre vie, il ne peut être mon disciple. » Ses paroles ont dû provoquer du remous dans la foule et en refroidir plus d’un. Il nous faudrait donc choisir entre notre famille et Jésus, comme s’ils étaient en concurrence ? C’est là une attitude de gourou. Mais Jésus lui-même n’a jamais rejeté sa propre famille. Marie l’a toujours suivi, jusqu’à la croix. Elle sera encore au milieu des disciples à Jérusalem, attendant sa résurrection. Jésus pourtant, à plusieurs reprises, met une distance avec sa famille : « Ne savez-vous pas que je dois être aux affaires de mon Père ? » ; « Qui sont ma mère, mes frères, mes sœurs ? »… Il refuse que quiconque mette la main sur lui, cherche à l’instrumentaliser.

Et si, derrière cet appel exigent, dur même, Jésus nous invitait à devenir vraiment libres ? « Quels sont les liens qui t’unissent à ta famille ? » nous demande-t-il. Deux rencontres récentes m’ont marqué. Cette femme tombée amoureuse d’un homme de religion musulmane. Sa famille, catholique pratiquante, n’a jamais accepté cette union. Des années plus tard, son mari lui dit : « Tu n’as jamais su m’aimer plus que ta famille. Tu as toujours donné priorité à ta famille. » Et cette femme de me dire : « C’est vrai, je n’ai pas eu le courage de m’affirmer, de marquer une distance nécessaire avec ma famille. » Rencontre également d’une maman qui réalise soudain qu’elle enferme sa fille étudiante dans une relation trop fusionnelle en exigeant d’elle qu’elle rentre à la maison tous les week-ends.

Aimer l’autre jusqu’à le laisser partir, c’est crucifiant. C’est préférer la liberté de l’autre à mon propre confort affectif. Suivre Jésus, se risquer à aimer comme il aime, c’est prendre le risque de perdre, de se désapproprier. Humainement, c’est au-dessus de nos forces. Je ne peux me risquer à suivre Jésus sur ce chemin que si je découvre qu’il mène à la vraie joie : se réjouir du bonheur de l’autre.

« Celui qui ne porte pas sa croix pour marcher à ma suite ne peut être mon disciple. » Notez au passage que Jésus ne demande pas de porter sa croix à lui, ni celle de son voisin. Il nous invite à ne pas fuir notre fardeau. Les croix les plus douloureuses sont souvent liées à des relations mal ajustées. C’est si difficile d’aimer et de se laisser aimer, de faire l’apprentissage du nécessaire pardon.

J’écoute l’invitation de Jésus à m’assoir avant de bâtir une tour, qui symbolise ma propre vie à construire, ou de partir en guerre contre un autre. Je prends le temps d’accueillir ces fardeaux qui ralentissent la marche à la suite de Jésus, cette croix qui me paralyse. Et j’entends Jésus me dire : « Venez à moi, vous tous qui ployez sous le poids du fardeau et je procurerai le repos. »

Jésus ne vient pas faire peser sur nos épaules une croix impossible à porter. Il nous invite à le suivre avec notre propre croix afin de passer avec lui de la mort à la vie. Lui seul est capable de transfigurer nos vies. C’est le chemin qu’il nous est proposé de vivre à chaque eucharistie.

Frère Nicolas Morin

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