Homélie du dimanche 18 février 2024 du frère José Kohler

1er dimanche de Carême  — Année B

Jésus au désert(Mc 1, 12-15)

Entrer dans le temps du Carême, c’est entrer dans l’Arche avec Noé pour un nouveau départ, pour une Alliance Nouvelle. C’est aller au désert avec Jésus pour renouveler nos relations avec Dieu et avec la création tout entière.

Après la grande peur du Déluge, peur de disparaître, peur que Dieu nous laisse tomber, peur que la création soit anéantie, peur que le mal soit devenu le maître du monde… et nos peurs d’aujourd’hui qui ne sont pas moindre:peur de la guerre, peur du durcissement des différences, peur de perdre notre identité…C’est la Parole-Promesse de Dieu qui veut faire Alliance avec l’humanité pour aujourd’hui et pour toujours. Le signe symbolique en est l’arc en ciel cet arc qui remplace l’arc de guerre et relie symboliquement le ciel et la terre en faisant chanter toutes les couleurs du monde et l’espérance retrouvée.

Jésus ne serait-il pas cet arc en ciel, ce Noé, ce juste médiateur qui permet le salut du monde par sa foi en la Parole recréatrice de Dieu ?…

Jésus après son baptême dans l’eau et dans l’Esprit se voit confirmé dans son être et dans sa vocation par la Parole du Père : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, écoutez-le »

Mais comment va-t-il vivre son être de Fils de Dieu et sa mission d’Envoyé de Dieu ? Là est toute la question. Alors l’Esprit Saint « l’expulse » au désert comme le peuple est expulsé au désert par Pharaon après l’horreur de la 10° plaie d’Egypte. Et au désert ce peuple d’esclaves va faire à la fois l’expérience de la rencontre avec Dieu et l’expérience de l’ambiguïté de ses désirs. Que désire-t-il : combler ses besoins (manger de la viande, boire à satiété…) servir de nouvelles idoles (le veau d’or)…Est-il capable de traverser les épreuves sans douter de la bonté de la présence de Dieu ?

Marc nous propose un récit très sobre, comme une icône : Jésus va devoir revivre les tentations du peuple au désert et d’Adam au Paradis de la Création. Va-t-il mener sa mission à son propre compte, travailler pour sa réussite et sa gloire personnelle ou œuvrer en communion filiale avec son Père ? Va-t’il faire confiance jusqu’au bout face à l’épreuve de ceux qui veulent l’utiliser à leur fin personnelle et de ceux qui veulent le faire mourir ?

Non, Jésus n’est pas une marionnette ni un robot télécommandé par Dieu. Il doit lui aussi oser un chemin d’homme et risquer un oui libre à son être de Fils de Dieu.

Jésus va aller jusqu’au bout de ce choix posé en ce temps d’épreuve au désert, mais aussi durant toute sa vie. Et plus il dit oui à sa vocation de Fils, plus il est en harmonie avec lui-même et avec toute la création tout entière, plus il réconcilie l’humanité avec ce monde qu’il reçoit de Dieu comme un cadeau. Il est réconcilié avec Dieu comme avec un Père bien-aimé, avec les hommes comme avec des frères avec qui partager la terre, avec la création tout entière qui devient une sœur, une compagne et non plus une chose à consommer et à exploiter.

« Alors les Anges le servaient », ces Anges qui avaient chassé Adam du paradis, reconnaissent jésus comme le serviteur du Père et ils chantent avec lui la joie du service et de la louange. L’arc en ciel peut éclairer à nouveau le monde de toutes ses couleurs.

Et nous quelles sont nos tentations, peur de Dieu ou de nous-mêmes, doute sur sa présence, doute sur l’utilité de notre vie, doute sur l’utilité et la bonté de nos frères ou de nos sœurs, doutes sur l’avenir de la terre et de l’humanité…Allons-nous oser les affronter, les nommer, les laisser s’exprimer devant Dieu pour que ces frayeurs qui nous paralysent se changent en joie et en espérance de Résurrection et de Communion.

Frère José Kohler

Connexion