Homélie du dimanche 21 mai 2023, 7ème dimanche de Pâques – Année A

La prière de Jésus

Sainte Claire sur son lit de mort fait venir le frère Junipère qu’on appelait le « jongleur de Dieu ». Et elle lui demande à brûle-pourpoint : « Qu’as-tu de neuf à m’apprendre sur Dieu ? »Surprenant ! Claire qui avait passé 40 ans de sa vie dans la contemplation et la rumination de la Parole de Dieu désire encore dans ses derniers moments  découvrir de nouveaux aspects de Dieu. Devant le mystère de Dieu, elle est en attente et en émerveillement comme au premier jour. C’est ainsi qu’elle dira à Junipère : « Toi qui a parlé de Dieu avec des paroles brûlantes d’amour dis-moi encore du neuf sur Dieu ! »

Jésus avant de partir nous laisse cette belle prière. Comment l’accueillons-nous ? Est-ce qu’elle est pour nous  nouveauté, passion, découverte ? Nous sommes entre l’Ascension, le départ et l’attente d’une nouvelle présence, celle de l’Esprit Saint Consolateur. Peut-il nous consoler dans toutes nos épreuves ? Peut-il nous donner une joie que nous ne pouvons pas garder pour nous ? Une joie qui traverse les épreuves et qui ne peut que se communiquer.

Pour laisser vibrer en nous cette prière, il faut commencer par nous « habiller le cœur », comme disait le renard au Petit Prince de Saint-Exupéry. Afin d’essayer de comprendre les sentiments qui était dans le cœur de Jésus quand il a prononcé ce discours d’adieu.  Qui peut d’ailleurs comprendre tout ce qui se bousculait dans le cœur de Jésus  dans ces moments intenses, pathétiques et douloureux. La prière de Jésus, avec une émotion à peine contenue, condense sur sa personne le passé et l’avenir, le temps et l’éternité. C’est un chant d’amour du Fils à son Père au moment où Jésus va quitter les siens.

Aujourd’hui je vais m’efforcer de balbutier quelques mots maladroits, sans doute biens limités. Il aurait fallu  Sainte  Claire qui pleurait tellement la Passion pour faire vibrer cette Prière. Mais je me suis posé cette question : « Pourquoi ces confidences parlent-elles tant de gloire,alors que ce mot évoque pour nous la puissance et la vanité ? »Saint Irénée de Lyonpeut nous éclairer quand il dit : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant : la vie de l’homme c’est connaître Dieu ». Ainsi Irénée a  ciselé en une phrase toute la Prière de Jésus. Glorifier c’est mettre en éclat la vie. Et Jésus sur la croix va nous montrer d’une manière éclatante cette vie d’amour. Nous avons à accueillir cette vie de Dieu et la laisser éclater en nous jusque dans la vie éternelle.

Mais que signifie la vie éternelle s’il est inscrit dans l’ADN de chaque vie qu’elle n’est pas faite pour durer ? Jésus répondra à cette question en quelques mots qui n’auront  jamais fini de résonner et de nous éclairer sur le sens de notre destinée : « La vie éternelle,  c’est qu’ils te connaissent, toi,  le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé,  Jésus-Christ ».

Tout est dit, tout est résumé, tout est grâce. La vie éternelle signifie la connaissance du vrai Dieu. Elle n’est pas un supplément d’existence qui n’en finira pas. Elle n’est pas au bout de nos efforts et de nos mérites. Elle n’est ni un lieu ni un moment qui se situerait après la mort. Elle est don gratuit.  Le paradis n’est donc pas un lieu ou une époque c’est une relation magnifique, sans fin et amoureuse avec Dieu en personne. Il y a donc un monde entre l’attitude de l’homme qui veut se hisser par ses propres forces jusqu’à à l’intimité de Dieu et celui qui se sait tout petit et attend d’être comblé par un amour qui ne finira jamais. 

« Si je dois participer à ton Eternité que ce soit en abandonnant mes projets à ta joie,

mes affects à ton Amour, mes éclairages à ta lumière »(Marion Muller-Colard)

Frère Max de Wasseige

Connexion