Homélie du dimanche 24 octobre, 30ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

« QUE VEUX-TU QUE JE FASSE POUR TOI ? » Marc 10, 46-52

« Ils arrivent à Jéricho. Comme Jésus sortait de Jéricho… »Que s’est-il donc passé à Jéricho ? Luc nous dit que c’est dans ce village que Zachée était monté sur un arbre pour voir Jésus. Encore une histoire de désir… Zachée, emblème de la réussite, tout à la fois envié et honnis, a un vide au creux de l’âme. Son désir profond n’est pas assouvi. Il cherche. Son désir est tout entier tourné vers la personne de Jésus. Il veut le voir, le connaître véritablement.

Dans un renversement de situation dont il a le secret, c’est Jésus qui lève les yeux vers Zachée et qui le voit, qui le connaît véritablement, lui fait signe et l’appelle : « Zachée, descend vite. Aujourd’hui, je veux demeurer chez toi. »

L’histoire de Zachée, c’est la rencontre de deux désirs, de deux regards. Le désir d’un homme qui cherche confusément un sens à sa vie, qui sent bien que sa vie est un échec malgré les apparences – ou parce qu’elle ne repose que sur les apparences –, et le désir de Jésus qui vient sauver ce qui était perdu. Mais revenons à notre texte…

« Comme Jésus sortait de Jéricho avec ses disciples et une assez grande foule, l’aveugle Bartimée, fils de Timée, était assis au bord du chemin en train de mendier. »Alors que Jésus, ses disciples et une assez grande foule cheminent sur la route, un homme est assis au bord du chemin, à l’écart, isolé, invisible. Que sait-on de lui ? Un prénom, Bartimée fils de Timée. Il est défini par son handicap, comme si là était sa seule identité : il est aveugle.

Être aveugle, c’est subir une triple peine : le handicap physique, le handicap social (c’est un homme à part, au ban de la société, sans lien avec ses semblables) mais aussi handicap spirituel (sa cécité est la conséquence de son péché ou du péché de ses parents !). Non seulement Bartimée est victime de son handicap, mais en plus il doit en porter la culpabilité (pas de fumée sans feu !).Prenez le temps d’observer cet aveugle sur le chemin, de vous mettre dans sa peau, de ressentir sa solitude ; puis regardez la foule qui passe à côté de Bartimée sans même le voir, ou qui fait mine de ne pas le voir… Que représente Bartimée pour elle ?

La première étape d’un cheminement spirituel est de reconnaître que je suis moi aussi aveugle. Mon péché me coupe de moi-même, des autres et de Dieu. Être aveugle, c’est être empêché de voir, de reconnaître les merveilles de Dieu dans ma vie et dans la vie des autres. Je suis aveuglé sur moi-même, empêché d’accueillir Jésus, lumière dans mes ténèbres. Toute la difficulté est de faire la vérité sur moi-même, car la plupart du temps, je ne suis pas conscient de ces zones de ténèbres en moi qui m’empêchent de voir. « Ils ont des yeux et ne voient pas », se désole Jésus. C’est pourquoi la guérison de Bartimée est le modèle de toute conversion, d’une vie qui sort des ténèbres pour se tourner vers Jésus, lumière des hommes.

Bartimée aurait pu se laisser détruire par sa fragilité. L’irruption de Jésus dans sa vie va réveiller en lui le goût de vivre.« Apprenant que c’était Jésus de Nazareth, il se mit à crier : ‘’Fils de David, Jésus, aie pitié de moi !’’ »

Comment Bartimée a-t-il entendu parler de Jésus ? Les bonnes nouvelles sont rares pour les pauvres et la réputation de Jésus se répand vite parmi eux.

Bartimée crie. Prenons conscience du courage qu’il faut pour oser un cri qui traverse le mur d’indifférence de la foule, un cri qui propulse Bartimée sur le devant de la scène, osant exister avec sa fragilité. Un cri qui n’est pas tourné sur lui-même mais vers Jésus. Ce cri est tout à la fois appel et prière, reconnaissance de sa fragilité et acte de foi en la personne de Jésus, Sauveur.

Bartimée ne revendique rien, ne dit pas : « J’ai droit à… » Il ouvre ses mains de pauvre et crie sa foi et sa confiance en Jésus Sauveur. Il exprime sous forme de cri son désir profond, même s’il n’a pas encore les mots pour le dire. Sa fragilité va devenir le lieu de la rencontre avec Jésus, son seul Sauveur.

La foule se presse autour de Jésus. Chacun veut approcher, toucher, intercéder auprès de Jésus. D’une manière inconsciente, elle forme comme une muraille, une fausse protection, autour de Jésus, qui l’enferme et le coupe des pauvres, de ceux qui sont exclus du groupe, de la communauté. « Beaucoup le rabrouaient pour qu’il se taise. » Terrible phrase : je peux tout à la foi, avec beaucoup d’amour, me tenir au plus près de Jésus, et en même temps être un obstacle à sa mission profonde qui est de rejoindre ceux qui sont loin : « Je ne suis pas venu pour les bien-portants mais pour les malades, pour les justes mais pour les pécheurs » (Marc 2,17).Peut-être cette foule a-t-elle tout simplement peur d’écouter le cri de Bartimée, de s’engager dans une relation dont elle ne sait pas où elle peut la mener. Elle préfère en rester à ce qu’elle sait de cet aveugle plutôt que de se mettre à l’écoute de ses besoins.

On ne peut pas ici ne pas penser au silence assourdissant de l’institution ecclésiale face au cri des victimes de prédateurs pédophiles. Combien d’évêques, mais aussi de responsables d’institutions chrétiennes, ont « rabroué » des victimes cherchant à faire entendre leur souffrance ?Jésus entend, et il s’arrête.« Quand un pauvre crie, le Seigneur entend », dit le psaume 33. C’est l’accomplissement du livre de l’Exode, lorsque Dieu se révèle à Moïse au buisson ardent : « J’ai vu la misère de mon peuple, j’ai entendu son cri, et je suis descendu le délivrer. Va, je t’envoie… » Tout est dit du projet de Dieu qui s’accomplit en Jésus.

Il s’opère alors un retournement de situation dont Jésus a le secret : la foule, d’obstacle, devient médiatrice entre Jésus et l’aveugle. N’est-ce pas la vocation de tout disciple, et de l’Église : être un pont entre l’homme et Dieu, un passeur de lumière et de salut ?Confiance : invitation à croire en la bonté de Jésus qui guérit, pardonne, sauve.

Lève-toi : C’est la position du ressuscité. La parole de Jésus invite à renaître, à se mettre debout, à ressusciter. Il t’appelle : Bartimée n’était plus rien aux yeux des gens, juste une main tendue. Et voilà que Jésus l’invite à entrer en relation, d’homme à homme, d’égal à égal. Il redonne à Bartimée sa fierté, son identité. Jésus veut dialoguer avec un homme debout, libre. Aucune once de condescendance dans l’attitude de Jésus. Il ne donne pas quelques piécettes en passant…« Rejetant son manteau, il se leva d’un bond et il vint vers Jésus »Ces trois verbes nous disent tout le projet de Dieu pour l’homme, le Salut offert en Jésus-Christ :Rejetant son manteau : nos vêtements, tout à la fois, dévoilent l’identité que nous cherchons à montrer et cachent notre intimité, le lieu de notre fragilité. Ils sont le symbole de ce personnage que nous avons appris à façonner dès notre naissance afin d’être acceptés en société. Le manteau de misère de Bartimée symbolise ce qui le coupe de lui-même, des autres, de Dieu. Ce manteau, c’est toute sa vie passée, « le vieil homme », dira saint Paul qui nous invite, en recevant le baptême, à « revêtir le Christ ». Le manteau, dans la Bible, est aussi symbole de protection. Ainsi, le manteau doit être restitué au pauvre pour la nuit (Ex 22,25-26). Rejetant son manteau, l’aveugle laisse derrière lui cette protection pour mettre toute sa confiance en Jésus Sauveur.

Il se leva d’un bond : comme Jésus sort de son tombeau le matin de Pâques, vivant, ressuscité.

Il vint vers Jésus : Être guéri, c’est être ré-orienté, retrouver un but, une direction, un sens à sa vie : « Je suis le Chemin, la Vérité et la Vie », dit Jésus.

« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »Dieu sait tout, chante le psaume 138 ; il est « plus intime à moi-même que moi-même », écrit saint Augustin. Et pourtant, il refuse de penser, de décider à notre place. Il nous respecte jusque-là. Au contraire, il éveille, suscite, approfondit notre désir. On est loin d’un Dieu tout puissant qui nous actionnerait telles des marionnettes, qui se jouerait de nous.

Jésus fait à Bartimée un merveilleux cadeau : il lui donne la possibilité d’y voir plus clair quant à ses besoins et de les exprimer. Ce faisant, il le rend partenaire de sa propre guérison. C’est tellement libérant de pouvoir mettre des mots sur ce que nous ressentons, et plus libérant encore de se savoir écouté sans jugement.

Restons longuement avec cette question de Jésus ? Nous n’avons jamais fini de l’approfondir. Toute notre vie est recherche de ce qui peut nous combler véritablement. Petit à petit, notre vie se simplifie. Nous sommes amenés à quitter ce qui est superficiel ou relatif, tout ce qui ne comble pas vraiment, pour tourner tout notre être vers l’unique nécessaire.

Ne cherchons pas à donner trop vite la réponse. Laissons l’Esprit Saint, l’Esprit de Jésus susciter en nous un désir vrai, un désir véritablement ajusté au désir de Dieu. Contemplons Jésus, la manière dont il répond personnellement à l’appel du Père. Alors peut-être sentirons monter en nous, comme une supplique aimante, la même question mais cette fois-ci tournée vers le Père : Que veux-tu que je fasse pour toi ?Être guéri de ma cécité, c’est désirer faire la volonté du Père, suivre Jésus sur ce chemin d’une vie donnée par amour.- « Rabbouni, que je retrouve la vue ! »- « Va, ta foi t’a sauvé »Aussitôt, il retrouva la vue et suivait Jésus sur le chemin.

Jésus prononce dans ce passage deux paroles essentielles à toute démarche de foi ; une parole d’appel : « Appelez-le » et une parole d’envoi : « Va, ta foi t’a sauvé. » Alors que Bartimée, au début du récit, est assis hors du chemin, voilà qu’il suit Jésus sur le chemin. La foi est un nouveau regard et un cheminement dynamique à la suite de Jésus qui nous guérit de notre cécité, illumine notre cœur et nous rend capable de le suivre sur cette route de l’exode pascal où il nous précède et nous conduit à la vie du Royaume.

Les franciscains de la chapelle des buis

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