Homélie du dimanche 25 février 2024 du frère Max de Wasseige

2ème dimanche de Carême  — Année B

Le sacrifice d’Isaac (Genèse 22)

La montagne, à cause de son altitude et du mystère dont elle s’entoure, est considérée dans toutes les religions comme le point de rencontre entre le ciel et la terre. Abraham et son fils Isaac sont appelés à aller au pays de Moriah sur la montagne. Et Jésus prit Pierre, Jacques et Jean sur une autre montagne pour y être  transfiguré avant d’être défiguré. Mais, je retiendrai la Genèse, car c’est un texte  plus difficile à comprendre. Quel est donc ce Dieu qui demande un tel le sacrifice ?

Ce texte a fait couler beaucoup d’encre. Abraham avait rêvé d’une descendance. Et voilà que ce fils tant attendu et chéri est venu. Et c’est là, au cœur de ce bonheur partagé entre le père et son fils, que le Seigneur va parler de nouveau à Abraham. Mais, cette  fois- ci, ce qu’il va demander est terrible : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu chéris, Isaac, et va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste »(v 2)  Dieu apparaît comme une autorité infinie, installée sur le trône de sa toute puissance. Nous sommes loin de la divine douceur qui ne blesse pas, ne veut pas de preuve, ni ne met à l’épreuve.

Isaac, Le fils de la Promesse ! L’enfant dont la naissance était  impensable sans l’action de Dieu.  Voilà que Dieu après l’avoir promis, après l’avoir donné, vient le reprendre. C’est à n’y  rien comprendre !  On aurait pu voir qu’Abraham  ait eu envie de se révolter, de se détourner  de la face de ce Dieu, qui voulait lui enlever son enfant.  Mais comment refuser à Dieu ce qu’on a reçu de sa main ?

Alors commence une longue marche de trois jours vers le mont Moriah. Cette marche vers la mort est une véritable entrée dans les ténèbres pour Abraham. Isaac, lui ne se redoute de rien. Et il demandera naïvement à son père : « Où est l’agneau pour l’holocauste ? » Et Abraham répondra : « c’est Dieu qui pourvoira, mon fils. »Et ils s’en allèrent tous les deux dans cette montée dramatique.

Abraham semble avoir tout abandonné : son fils, l’affection et le lien qu’il a pour lui.  Et enfin l’espérance d’une descendance. Son attitude pourrait  d’ailleurs nous surprendre, mais au- delà,  c’est un véritable acte de confiancequ’il nous offre de comprendre. Et c’est cela même qui fait la Foi  d’Abraham. Il sait que le Seigneur ne peut pas vouloir de mauvaise chose pour lui. Jusqu’à présent, Abraham  avait donné le plus beau de ses agneaux en holocauste. Mais aujourd’hui quel  agneau lui est demandé ?

Dans le récit du mont Moriah, c’est peut-être moins le sacrifice d’Isaac que celui d’Abraham  qui est mis en évidence. Car il va tout perdre, surtout le fils de sa vieillesse, ce cadeau du ciel tant attendu. Et pourtant, Abraham va, une nouvelle fois suivre la voix qu’il a jadis entendu au fond de son cœur  « Quitte ton pays, ta parenté… pour le pays que je t’indiquerai. » (Genèse 12 1)   

Abraham va mettre sur le bûcher non seulement son fils Isaac, mais aussi l’idée qu’il se faisait de Dieu, ses certitudes,  sa mission, tout ce qu’il attendait et espérait. C’est tout cela qu’il va mettre sur le bûcher dans une confiance absolue. Sa foi nue va passer par le feu, elle va s’y consommer, être renouvelée par delà l’épreuve et renaître à nouveau. C’est alors qu’il entendra l’ange de Yahvé : « N’étends pas la main sur l’enfant ! Ne lui fait aucun mal ! Je sais maintenant que tu crains Dieu : tu n’as pas refusé ton fils unique. »

Est-ce que cet épisode peut nous concerner ?  Peut-être nos multiples attachements qui peuvent entraver notre marche, nous installer et faire de nous des propriétaires. Ne sommes- nous pas accrochés, liés  à notre personne, à l’image de nous-mêmes, à une mission, à la souffrance consécutive à une maladie, à un deuil, à une rupture ?   Ou tout simplement, de manière trop fusionnelle à nos enfants ? Il est intéressant de remarquer que les Juifs parlent de « la ligature d’Abraham »  Quelle ligature avons-nous à défaire ?  Comme pour Abraham, c’est un peut une sorte de mort à laquelle Dieu nous appelle : Mort à nous- mêmes, à nos liens de servitudes, à nos chaînes, à nos égoïsmes…Il est donc important de savoir tourner les pages de notre histoire et y voir une Histoire Sainte où Dieu est à l’œuvre, même dans ce qu’il y a de plus déroutant. 

Frère Max de Wasseige

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