Homélie du dimanche 26 mai 2024, Sainte Trinité année B, du frère Max de Wasseige

Nous connaissons tous la légende de Narcisse : ce beau jeune homme épris de sa beauté et qui cherche partout sa propre image sur les bronzes et sur les nappes d’eau. Or, un jour il passe près d’un étang, voit ce visage adoré et pour mieux le rejoindre, il se précipite dans l’étang. Et là où il périt, pousse des narcisses. Cette légende gréco-romaine nous montre, que déjà l’antiquité, avait compris la stérilité d’un amour tourné vers soi, d’un égoïsme qui s’idolâtre.

Le visage de Dieu, que nous présente Jésus, n’est pas celui de Narcisse ni même celui du catéchisme de notre enfance, qui dans une formule aseptisée, nous disait que « Dieu est un pur esprit, infiniment parfait, créateur et maître de toutes choses ».De cette définition, sans saveur, on avait évacué, tout bonnement, le Père, le Fils et l’Esprit-Saint. Il est vrai, que souvent, nous avons été tentés de penser que Dieu était solitaire et qu’Il passait son éternité à se regarder lui- même, à se louer, à s’admirer et à exiger de ses créatures qu’elles le louent et l’admirent. Dieu devenait le Narcisse à l’échelle infinie, « l’éternel solitaire des mondes ».Pour paraphraser un aphorisme d’Orient, je dirais : « Si tu rencontres ce Dieu, tues-le, il est plus mauvais que toi »

Les grands docteurs de l’Eglise qui ont voulu parler de la Trinité ont reconnu la pauvreté de nos mots, l’impuissance de notre langage à exprimer l’inexprimable. Nous savons que les mots sont de fragiles passerelles surtout pour parler de l’infini. Saint Augustindira : « Que peut-on dire sur Dieu frères ?… Si tu crois avoir compris tu es le jouet de tes illusions ». Sur Dieu on peut juste dire ce qu’il n’est pas. Dieu ne nous écrase pas, ne nous surplombe pas, ne nous domine pas. Moïsel’avait déjà compris : « Yahvé le Seigneur, tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de fidélité ».( Ex 34) Mais après avoir dit cela il se prosternera à terre. C’est l’expérience de tous les mystiques. Après avoir parlé sur Dieu et à Dieu ils se taisent et se prosternent. Car toute parole devient inutile, tout discours superflu.

Et nous avons dans l’Evangile d’aujourd’hui, qui termine Matthieu un passage important sur la Trinité. On ne trouve nulle part une formule trinitaire aussi élaborée : « baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Formule qui dérive de la pratique de l’Eglise primitive. Car dans le baptême nous entrons en relation filiale avec le Père, en relation fraternelle avec le Christ, en relation d’accueil confiant à l’égard de l’Esprit d’Amour donné par le Père et le Fils.

La révélation du mystère de la Trinité ne doit donc pas nous entraîner dans des spéculations abstraites, mais par le baptême nous avons à nous immerger, dans ce grand mystère d’Amour entre le Père, le Fils et l’Esprit. Notre première vocation de baptisé sera de contempler jour après jour la Trinité d’Amour. C’est vrai que nous en sommes loin, nos préoccupations sont souvent ailleurs. Mais dans ce monde de violence et de non amour notre espérance viendra de cette contemplation.

Contempler la Trinité c’est contempler l’Amour. «  En vérité tu vois la Trinité tu vois l’amour » dira Saint Augustin.Contempler le Père c’est contempler tout l’Amour donné. Contempler le Fils c’est contempler tout l’Amour reçu. Contempler l’Esprit c’est contempler tout l’Amour échangé.Il nous appartient d’être des témoins passionnés de cette belle histoire d’Amour entre le Père, le Fils et l’Esprit.

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