Homélie du dimanche 27 août 2021, 22ème Semaine du Temps Ordinaire — Année B

RELIER OU SÉPARER ? (Marc 7, 1-16)

Souvenons-nous que Marc s’adresse à des chrétiens venus non pas du judaïsme mais du monde païen. Dès lors, va se poser au sein de la communauté nouvelle la question de l’observance des rites anciens : les nouveaux convertis doivent-ils être circoncis et observer toutes les pratiques alimentaires de leurs frères juifs ? Peuvent-ils s’asseoir à la même table ? Cela pose plus profondément la question du sens des rites dans la religion.

On le sait, « religion » vient de relegere (cueillir, rassembler) ou bien de religare (lier, relier). Or, les prescriptions rituelles juives, qui se sont fortement développées à partir de l’Exil et qui vont bien au-delà de ce que prescrit la Torah, aboutissent à distinguer, à séparer, ceux qui les suivent et les autres. Il y a les purs et les impurs. Les premiers doivent se préserver des seconds. C’est une manière, pour une religion minoritaire, d’éviter d’être absorbée par la religion dominante en survalorisant des repères extérieurs clivants.

C’est une question très actuelle. J’ai été très blessé qu’un ami musulman refuse de venir partager notre repas de peur que je lui serve des aliments non hallal. Les fondamentalistes religieux reprennent toujours la même rhétorique du pur et de l’impur. On enferme les croyants dans un carcan de conduites extérieures à tenir, faute de quoi on est stigmatisé, voire exclu du groupe, et cela peut conduire à la lapidation.

De ce point de vue, la conduite de Jésus et de ses disciples fait scandale. Il incarne la religion qui relie. Loin de se protéger, il se laisse approcher, toucher par des hommes et des femmes considérés comme impurs. Ce qui les sauve, ce ne sont pas leurs pratiques, mais leur foi en Jésus sauveur. Il mange avec des païens et des publicains. Sa présence même « purifie » tous ceux qui s’approchent de lui avec le désir d’une vie transformée. « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison. »

Évidemment, cela dérange scribes et pharisiens, ces hommes dont le pouvoir repose justement sur le fait qu’ils sont les interprètes autorisés du pur et de l’impur. Jésus invite ses interlocuteurs à se replonger dans la Bible, la Torah, pour y discerner le cœur de son enseignement. « Vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. » Il s’agit de passer d’une attitude toute extérieure à l’intériorité. « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. » N’est-ce pas ce que le pape François vise lorsqu’il dénonce le cléricalisme, ces hommes qui font peser de lourds fardeaux sur les autres tout en ayant bien du mal à en vivre eux-mêmes ?

J’ai relayé il y a quelque jour une interview du penseur musulman Mohammad Shahrour, qui dit notamment : « L’appel à la violence ne tire pas son origine du Coran, qui est la loi divine, mais exclusivement de la jurisprudence, c’est-à-dire de l’interprétation du Coran, devenue tradition islamique au cours des siècles. Or les radicaux méconnaissent la loi. De même qu’il n’existe dans le Coran ni polygamie, ni injonction de porter le hidjab ou le niqab pour les femmes – autant de traditions pré-islamiques – ni lapidation. La jurisprudence islamique est tout bonnement une nouvelle religion. » N’est-il pas dans la droite ligne de ce que dit Jésus ? Pas étonnant que les ouvrages de ce penseur soient interdits dans plusieurs pays musulmans.

Il est facile de dénoncer le pharisaïsme ou le cléricalisme chez les autres. Nous sommes si prompts à faire la leçon aux autres. Demandons la grâce de faire la lumière dans notre propre vie, la grâce d’un cœur qui écoute.

Les franciscains de la chapelle des buis

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