Homélie du dimanche 3 avril 2022 – 5ème dimanche du Carême – Année C

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Tous les textes de ce dimanche ont le même message : oublie le passé, ne t’attarde pas sur lui… que rien, pas même les souvenirs, ne t’empêche d’avancer.

Ce message d’espérance n’a rien d’un discours pieux proféré par quelque prêtre à l’abri de tout besoin ! Ce message est écrit dans les larmes et le sang de personnes qui traversent un douloureux échec. La première lecture, tirée du deuxième Isaïe, est écrite alors que le peuple est déporté à Babylone. Il a tout perdu : sa terre, Jérusalem, son roi, garant de sa cohésion, et surtout le Temple, lieu de la présence de Dieu. Alors que Dieu lui avait promis une descendance aussi nombreuse que les étoiles du ciel et une terre où couleraient le lait et le miel, le voici petit reste insignifiant, exilé en pays étranger. Où donc puiser la force d’espérer encore ?

Isaïe lui dit alors : « Souviens-toi ! N’aie pas la mémoire courte ! Relis ton histoire ! »

« Ainsi parle le Seigneur, lui qui fait une route à travers la mer, un sentier au milieu des eaux puissantes, lui qui mit en campagne des chars et des chevaux, des troupes et de puissants guerriers… »

C’est bien sûr un rappel de l’Exode, la libération d’Égypte. Mais ce rappel du passé n’a qu’un but : garder confiance en l’avenir, avec la foi que ce que Dieu a fait une fois, il le refera. « Oui, je vais faire passer une route dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. »

Cette attitude du peuple peut être précieuse pour notre propre vie. Qui de nous ne traverse pas des moments de doute, de découragement, avec la tentation de lever les pouces, de dire « Stop ! J’arrête d’avancer ! » C’est justement à ce moment-là, lorsque l’obscurité est totale et que l’horizon est bouché qu’il est bon de relire notre vie, comme on feuillette l’album de photos familial. Souviens-toi des raisons de ton engagement, de la joie profonde qui était alors la tienne. Souviens-toi de tout ce que tu as reçu et qui t’a fait grandir. Au milieu de ta détresse, de ton sentiment d’abandon, le Seigneur est toujours là. Il ne t’a pas retiré sa confiance. Espère en lui, sois fort et prends courage. Il renouvellera dans ta vie les merveilles qu’il a jadis accomplies.

Mais Isaïe nous dit aussi : « Ne vous souvenez plus d’autrefois, ne songez plus au passé. Voici que je fais un monde nouveau : il germe déjà, ne le voyez-vous pas ? » Le passé peut aussi nous enfermer. Nous pouvons être enfermés dans de vieilles culpabilités, dont certaines remontent à l’enfance. Parfois ce sont les autres qui nous enferment à tout jamais dans des attitudes passées sans jamais nous reconnaître la possibilité de changer, d’avancer, de faire du neuf dans nos vies.

L’Évangile d’aujourd’hui nous libère de tout cela. Relisons-le ensemble.

Des scribes et des pharisiens amènent à Jésus une femme prise en flagrant délit d’adultère. En fait le sort de cette femme ne les intéresse pas. Elle n’est qu’un alibi pour coincer Jésus. D’ailleurs, ils ne la regardent même pas. Et ils en parlent à la troisième personne : « Cette femme. »

Seul Jésus la regarde et s’adresse à elle :

– Femme, où sont-ils donc ?

Alors, personne ne t’a condamnée ?

– Personne, Seigneur.

– Moi non plus, je ne te condamne pas.

Va et désormais ne pèche plus. »

Alors que les scribes et les pharisiens cherchent à enfermer la femme dans sa faute, Jésus, lui, vient l’en libérer. Le passé de cette femme ne l’intéresse pas. Seul compte son désir d’une vie nouvelle. Rien de démagogue dans l’attitude de Jésus. Tout n’est pas permis, le péché reste condamné… mais seul le pardon peut permettre au pécheur d’aller plus loin. Le drame des scribes et pharisiens est de tourner le dos à Jésus, de partir avant d’avoir pu croiser son regard miséricordieux et l’avoir entendu leur dire « Vous non plus, je ne vous condamne pas. »

Je vous invite, si vous avez un peu de temps cette semaine, à reprendre cet évangile. Contemplez longuement chacun des personnages, pas d’une manière extérieure, mais comme si vous étiez là, présents. Chacun pourrait se demander : de quel côté est-ce que je me situe ? En réparateur de tords désignant les coupables, les mauvais chrétiens ? Ou bien est-ce que j’accepte de me laisser regarder longuement par Jésus, de demeurer face à lui avec mes blessures, mon péché, mon désir d’une vie nouvelle ?

Alors, du plus profond de notre misère, nous entendrons cette petite voix réchauffer notre cœur : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Oublie le passé. Ose espérer de nouveau et reprends la route. J’ai toujours été à tes côtés, je le suis aujourd’hui et je le serai toujours. »

Frère Nicolas Morin

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