Homélie de la pentecôte 2018, année B

Homélie de la pentecôte 2018, année B

« Il y a quelqu’ un dans le vent » (Guillevic, poète breton)

(Pentecôte B Mai 2018)

Fr Max de Wasseige

Chez les Grecs de l’antiquité, il y avait le dieu « Eole », le dieu du vent. Une divinité parmi d’autres. Et pour certaines religions cosmiques le vent, le souffle est un moyen de communion, de fusion avec le divin. Mais dans la tradition chrétienne, le souffle est personnalisé. Il n’est pas une force cosmique impersonnelle, une énergie obscure, mais une personne vivante, agissante : l’Esprit- Saint. « Il y a quelqu’un dans le vent »

Et tout le travail d’une vie sera de me mettre sous la mouvance de l’Esprit- Saint afin que ma respiration respire au rythme de Dieu, s’amplifie sous celle de Dieu. Comme le disait Frère Nicolas, dimanche dernier : « Etre chrétien, c’est apprendre à respirer à la manière de Dieu, ou plus exactement laisser Dieu respirer en nous. Une vie qui a du souffle, une vie qui <respire>, c’est toujours une vie reliée, reliée à la présence en nous de l’Esprit- Saint, reliée à ses frères et sœurs mais aussi à toute la création ». L’une des plus belles définitions de la prière que l’on puisse donner c’est qu’elle est la respiration de l’âme !

Les saints ont toujours respirés au grand vent de Dieu. Ou, pour reprendre l’expression du poète Rilke : « Ils ont été dans le vent fou des voyages » Saint François a pu chanter si merveilleusement son Cantique des créatures car il s’est laissé pousser, emporter par le grand vent de Dieu. Il ne parlera pas en météorologue, mais en poète et en homme religieux qui célèbre le vent comme l’expression d’une présence attentive, active, amoureuse de Dieu dans sa création. Toute la vie de Saint François a été accordée, apparentée, par le dedans, à Frère vent « Le vent souffle où il veut, et on ne sait jamais d’où il vient et où il va. » (Jean III 8) François, homme de plein vent, a ajusté ses voiles au souffle de l’Esprit.

Mais ajuster ses voiles au souffle de l’Esprit est un fameux travail de tous les jours, toujours à reprendre car il nous faut passer à tout moment du moi égo centré à l’écoute d’un Autre qui veut nous conduire là où on ne voulait pas aller. Saint Paul, dans l’Epître aux Galates nous parlera d’un véritable affrontement entre les convoitises de la chair et les tendances de l’Esprit. Seul l’Esprit peut apaiser en nous les passions mortifères dont saint Paul nous donne une liste effarante mais bien réelle. Heureusement qu’il nous parlera des fruits de l’Esprit. Et nous pouvons nous demander quels sont ces fruits dont nous avons le plus besoin aujourd’hui ?

Dans un monde où nos mémoires sont encombrées par tant de choses, nous avons tendance à oublier l’essentiel du message de Jésus. Sans cesse il nous faut revenir à ce message, le ruminer, l’apprendre par le cœur, le respirer sous la mouvance de l’Esprit. Jésus ne nous dit-il pas aujourd’hui, comme autrefois à ses disciples : « J’ai encore beaucoup de choses à vous dire, mais pour l’instant vous ne pouvez pas les porter…mais l’Esprit vous conduira dans la vérité toute entière. » (Jean XVI 13)

Ce monde terrible et beau qui nous séduit par tant de propositions nous force à discerner, c’est à dire à séparer ce que je prends et ce que je laisse de côté, ce que je regarde et les distances que je prends . La séparation entre le bon grain et l’ivraie, n’est pas toujours facile à opérer aujourd’hui, où tout parfois est mélangé. « Viens Esprit consumer en nous l’ivraie et attire- nous vers tout ce qui est vrai, beau et grand. »

Un des fruits de l’Esprit qui nous est donné aujourd’hui dans ce monde terriblement blessé par tant de maux est la consolation . Oh viens Esprit consolateur ! Viens déposer les germes de Dieu dans les sillons de nos faiblesses. Donne la beauté à celui qui est sali. Etanche la soif de celui qui marche en plein désert. Guéris les blessures de celui qui est meurtri.

Sans l’Esprit saint, le Christ reste dans le passé, l’Evangile une lettre morte, l’Eglise une simple organisation, la mission une propagande. Mais avec lui tout est soulevé, ressuscité. Les passions mortifères sont transformées en passion de Vie, passion qui donne la Vie.

Donne-moi la grâce de mettre ma respiration dans le grand souffle d’amour !

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Gardien de la fraternité

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