Homélie de l’Épiphanie 2019

Homélie de l'Épiphanie 2019

Homélie de l’Épiphanie 2019

Mais qui sont ces mages venus d’Orient ? Le texte de Matthieu est très sobre. Il nous livre pourtant trois informations essentielles :
Ces mages sont des étrangers venus de loin. Ils ne sont pas de « chez nous ». Ils n’ont même pas la même religion. Croient-ils seulement en Dieu ?
Ils ont pris la route, se sont mis en chemin. Ils cherchent quelque chose, ou quelqu’un. Savent-ils d’ailleurs ce qu’ils cherchent ? Une vie meilleure ? Un sens à leur vie ? Ils sont pourtant prêts à quitter leur terre, leur famille et leur travail à la poursuite de l’étoile.
Justement, qu’est-ce que cette étoile ? De quelle promesse est-elle porteuse au point de mettre ces hommes en chemin ?
La démarche des mages me fait penser à Clément, un étudiant de 24 ans qui vient de terminer ses études d’ingénieur à l’école Centrale de Nantes. Il n’a que l’embarras du choix pour intégrer l’entreprise de son choix. Mais c’est autre chose qu’il cherche, et il est prêt à bien des renoncements pour le trouver. Voici un extrait de son discours de remise de diplôme :
« Il y a des choses qui ne sont jamais remises en cause dans nos études d’ingénieur notamment la remise en cause d’un modèle qui crée des élites qui devront trouver des solutions sans jamais se demander si les solutions que l’on trouve sont pérennes, durables et égalitaires pour la société. Il y a des remises en question, la situation de notre société et les impasses dans lesquelles on nous met par rapport à notre métier d’ingénieur. Je ne pense pas que le changement puisse venir de l’intérieur de ce système d’entreprises qui ont des modèles d’affaire fortement carbonés, il y a toute une société alternative qui est en train de se monter par des solutions qui ont un sens, avec des initiatives locales. »
Comme Clément, nous connaissons tous de ces jeunes, et moins jeunes, qui dénoncent les impasses de l’idéologie du progrès.
Comme Clément, ils sont de plus en plus nombreux à se retourner contre une société qui leur a fait suivre une étoile qui nous a conduit dans une impasse. Nous avons été bien trop heureux d’adhérer à ce mensonge collectif tant qu’il nous apportait la possibilité de consommer sans modération. Nous nous retrouvons aujourd’hui dans une nuit privée d’étoiles, sans espérance, porte ouverte à toutes les colères et à la violence.
L’étoile conduit les mages jusqu’au palais du roi Hérode. Comme s’ils attendaient du roi une réponse à leurs questions, à leur recherche ? Y aurait-il un homme providentiel capable d’assouvir leur soif ? C’est toujours dangereux de faire reposer notre espérance sur les épaules d’un seul homme, et la source de bien des désillusions.
Pourtant, de manière bien involontaire, c’est Hérode qui va les mettre sur la piste de l’étoile. Il réunit les grands prêtres et les scribes qui ouvrent les Écritures. Là se trouve la réponse. Ne nous lassons pas, nous aussi, de scruter les Écritures. Elles ouvrent toujours un chemin inattendu.
Et voilà nos mages qui arrivent à Bethléem. Dans l’étable flotte encore les relents de l’odeur des brebis et la sueur des bergers. Loin des fastes du palais d’Hérode, Jésus est là, blotti dans les bras de sa mère. Il y a beaucoup d’amour et de tendresse qui se lisent sur les visages.
Les mages sont saisis par cette certitude, simple, paisible. Ils sont arrivés. Leur recherche n’a pas été vaine. Leurs présents leur tombent des mains. C’est autre chose qu’attend l’enfant. Ils se sentent rejoints au plus intime d’eux-mêmes. Ils découvrent dans le regard de l’enfant ce qu’ils cherchaient depuis si longtemps, à tâtons. Leurs mains, leur cœur, s’ouvrent. Ils ont découvert la seule richesse qui compte. Désormais, ils ne seront plus jamais seuls sur le chemin. L’étoile est à chercher en eux. Celui qui cultive ce regard intérieur peut la voir briller, même au cœur de l’adversité.
Le récit ne s’arrête pas là. Les mages, nous dit le texte, avertis en songe, retournent chez eux « par un autre chemin ». La rencontre avec Jésus est toujours déroutante, elle ouvre des horizons nouveaux, nous déplace.

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Exorciste du diocèse de Besançon, accompagnateur des familles franciscaines séculières en Bourgogne-Franche Comté.

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