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Le don

(collecte pour le secours catholique 19 Novembre 2019)

 

Aujourd’hui,  c’est la collecte nationale du Secours catholique. Ce terme est un peu vieillot, il fait penser aux sermons de charité de mon  enfance où des prédicateurs spécialisés avaient l’art de faire cracher le gros billet et verser une petite larme !  Mais, le Secours catholique est une grosse association qui travaille avec des milliers de bénévoles et salariés en partenariat avec d’autres associations qui toutes réfléchissent sur les causes structurelles de la pauvreté et sur la meilleure manière d’aider et de se prendre en charge dans un monde où les inégalités deviennent criantes.

 

Dans la famille franciscaine nous fêtons aujourd’hui Sainte Elisabeth de Hongrie, patronne des laïcs franciscains. Quel bel exemple, en ce jour, de la journée mondiale des pauvres. Elle, qui a  quitté  richesse et grande vie pour se donner aux pauvres. Le biographe ajoutera « dans l’hôpital qu’elle avait créé, elle portait un amour particulier aux  galeux, aux infirmes, aux débiles, aux crasseux, et difformes. » Sa conversion est venue d’un refus du pauvre. Un jour dans son palais un mendiant  la supplie. Et elle lui répondra : « Je n’ai pas le temps et pas d ‘argent. » Mais lui, de crier de plus belle ! Elisabeth se reprend et à l’exemple de Saint Martin elle  lui donne son manteau d’étoffes précieuses.

 

La vie de sainte Elisabeth peut paraître loin de nous aujourd’hui. Et pourtant elle m’a inspiré à rencontrer le pauvre dans des endroits sordides et innommables. Ces rencontres m’ont donnée une joie qui vient du ciel. On reçoit une énergie qui n’est pas de la terre. Car c’est le pauvre qui en dernier ressort nous donne cette joie car il nous permet de rencontrer le Christ.

 

 Donner restera toujours un geste du cœur à l’image de la croix. Ils l’on bien compris. Les François d’Assise, Elisabeth de Hongrie ou Vincent de Paul. Leur amour génial a provoqué une brèche dans la misère de leur temps. Ils ont inventé de nouveaux chemins pour détruire la misère et ne pas la considérer comme une fatalité.

 

C’est aussi à partir de Maurice Zundel (+1975) que je voudrais vous parler du don. Alors que Bernanos terminera son « Journal d’un curé de campagne » en disant « tout est grâce » Zundel dira : « tout est don, tout est dans le don, tout l’être est dans le don ». Zundel ira d’ailleurs chercher son intuition chez François d’Assise, le petit pauvre, qui  eut l’intuition d’un Dieu qui n’est que pauvreté. Les hommes ont toujours imaginé Dieu au sommet d’une pyramide, dira Zundel : Un Dieu solitaire, super- pharaon, un Dieu qui se regarde, s’admire, se célèbre. Mais Dieu est celui qui n’a rien, parce qu’il est tout entier don, partage. Dieu n’est Dieu que parce qu’il est pauvreté. Divine pauvreté ! Et dans la Trinité, il n’y a que don et partage : Le Père, c’est tout l’amour donné, le Fils, c’est tout l’amour reçu, et l’Esprit, c’est tout l’amour échangé.

 

Et si nous sommes créés à l’image de la Trinité nous n’existons que dans le don. Notre être est alors à la mesure du don. Ou disons-le autrement : Nous sommes vivants à la mesure du don. Je suis un être sans vie si je garde le magot pour moi tout seul car tout garder c’est s’asphyxier. Et c’est vrai que nous avons le dramatique pouvoir de refuser d’entrer dans la grande danse trinitaire. Mais nous commençons à naître, à exister  quand nous pouvons revenir à notre origine trinitaire.

 

La plus grande des détresses personnelles ou humanitaires c’est de ne pouvoir  donner. J’entends encore cette femme dire : « Oh si vous saviez quelle détresse pour nous de toujours recevoir sans jamais pouvoir donner. On vient chez nous pour apporter, on ne s’y arrête pas, personne n’a besoin de nous… » Je crois que cette femme parle au nom d’une grande partie de l’humanité. Elle redit, à sa manière, une vérité si humaine. On ne vit que dans la mesure où l’on peut donner ! Alors sachons aussi leur donner la possibilité de nous donner. C’est là toute la puissance de l’amour partagé.

 

« Ce n’est que pour ton amour et ton amour seulement

que les pauvres te pardonneront le pain que tu leur donneras »

(Saint Vincent de Paul)

 

 

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Gardien de la fraternité

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