« Ish et Ishsha »: homélie du 27e Dimanche du Temps ordinaire année B

« Ish et Ishsha »:  homélie du 27e Dimanche du Temps ordinaire année B

« Ish et Ishsha »

homélie du 27e dimanche du Temps ordinaire année B

A mes risques et périls, je vais vous faire un léger commentaire de ce célèbre récit biblique repris en partie par Jésus, ce qui lui donne une autorité majeure. Le débat est toujours d’actualité et risque seulement d’être politisé dans uns sens ou dans un autre en fonction du nombre d’électeurs escomptés.
D’abord ce récit de la Genèse ne manque pas d’humour : à une civilisation antique passablement macho, enseigner que la femme est de la même chair que l’homme c’est fort !
Homme et Femme en hébreu « Ish et Ishsha » signifie la parenté, la ressemblance fondamentale. Mais en même temps le texte de la Genèse montre les risques et les promesses de cette relation fondamentale. Nous savons bien qu’il y a beaucoup de naufrages sur la côte d’Adam ! Mais malgré la difficulté la relation est possible : Adam, qui est la figure récapitulative de tout homme, reconnaît Eve, la première femme. Celle-ci est vraiment « os de mes os, chair de ma chair » Ce cri émerveillé contient la promesse d’une relation rendue possible. Mais en même temps ce cri trahit toute l’ambiguïté d’une relation fondée sur la seule ressemblance.
Remarquons q’un seul des partenaires de ce premier couple à la parole. La femme reste muette durant toute la scène ! Le silence de la femme est la pire des scènes de ménage. Ce silence est un indice du piège où risque de s’enliser la relation : un des partenaires est en train de réduire l’autre à soi. Dans une vraie relation les deux parties se reconnaissent indispensables, toujours en recherche de l’autre, différent. Heureusement qu’il y a des manières différentes de sentir, de réagir, de penser, cela nous force à chercher, à comprendre, à repartir, à se pardonner les incompréhensions mutuelles. Une vie sans cette différence et cette complémentarité serait un enfer, un enfermement.
La création de la femme à partir de la chair de l’homme n’insinue aucune infériorité, mais on a mis combien de siècles pour le comprendre ! Cette création signifie au contraire l’unité foncière et l’égale dignité des deux sexes. Mais pour qu’il y ait recherche d’unité, élan émerveillé de l’un vers l’autre, il y aura un arrachement initial douloureux. Le passage à l’âge adulte, la formation d’un nouveau couple ne se fera pas sans un arrachement au statut infantile. « C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme.» J’ai été témoin, à deux heures du matin, d’une grave crise dans un couple. Les gros mots et les noms d’oiseaux fusaient ! A un moment le mari prend le téléphone en disant : « ça c’est trop fort, je veux le dire de suite à ma mère » A 30 ans il n’avait pas encore coupé le cordon ombilical ! Or il n’y a pas de nouvelle vie sans rupture, combien de couples en font la tragique expérience.
Un couple oscille toujours entre la merveille et le tragique. On ne traverse pas une vie sans en faire l’expérience. Et justement le fétichisme du sentiment amoureux et la polarisation sur le sexe, qu’on nous jette aux yeux tous les jours, occulte le merveilleux et le tragique de l’existence. Et l’on peut se demander :Pourquoi l’émerveillement d’Adam découvrant Eve, et pourquoi nos émerveillements ne durent-ils pas ? Pourquoi y a-t-il tant de ressentiment et de violence dans la rencontre de l’homme et de la femme ? Pourquoi ceux qui étaient appelés originellement à devenir une seule chair ont-ils tellement de mal à le devenir ? Pourquoi la sexualité est-elle devenue l’expression du tragique de l’existence humaine, elle qui était appelée à en signifier la merveille ?
Il faudrait sans doute des livres pour répondre, mais déjà l’extraordinaire Poème de la Genèse avec la figure mythique du serpent est une tentative de réponse. Avec une finesse géniale l’auteur montre comment l’interdit fondateur : « Tu peux manger de tous les arbres, mais pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » permettait à l’homme d’exister comme homme avec sa limite. Mais l’homme refusant son état de créature qui reçoit tout du Créateur détraque toutes ses relations. Sans humilité(humus) tout se détraque jusque dans nos racines les plus profondes.
Quand un homme et une femme, après 50 ans de mariage, peuvent se dire l’un à l’autre « Tu es mon soleil » C’est le cri d’émerveillement de la Genèse qui se continue.

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Gardien de la fraternité

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