LE BONHEUR SELON JÉSUS: Homélie du 6è dimanche du temps ordinaire année C

LE BONHEUR SELON JÉSUS: Homélie du 6è dimanche du temps ordinaire année C

LE BONHEUR SELON JÉSUS: Homélie du 6è dimanche du temps ordinaire année C

Ce texte des Béatitudes m’est longtemps resté étrange, voire étranger. Je ne voyais pas en quoi il rejoignait réellement ma vie. Et puis, en méditant l’itinéraire de Jésus, de l’annonciation à sa passion et sa résurrection, il m’est apparu comme une évidence que les béatitudes évangéliques sont la clé qui nous permet de connaître Jésus, de comprendre le sens qu’il donne à sa vie et à sa mission.
La pauvreté à laquelle nous invite Jésus, c’est la sienne. Il nous invite au bonheur d’être pauvre comme lui, pour avoir part, comme lui, au Royaume de Dieu.
C’est donc sur lui, Jésus, qu’il nous faut fixer notre regard.
Qu’est-ce qu’être pauvre à la manière de Jésus ?

De sa naissance à sa mort, et bien sûr sa résurrection, Jésus se reçoit tout entier de son Père. Il se laisse à tout instant créer, façonner, par l’amour du Père. Le Père est son unique richesse.
Être pauvre à la manière de Jésus, ce n’est pas ne rien avoir, encore moins un déficit d’être. Etre pauvre, c’est refuser d’être à soi sa propre richesse.
Nous vivons souvent dans la peur : peur de manquer, peur de ne pas être reconnus et aimés, peur du lendemain.
Et la peur nous paralyse, nous replie sur nous-même, nous coupe de cette source d’eau vive qui coule en nous en abondance.
Être pauvre à la manière de Jésus, c’est au contraire faire le pari de la confiance. Dieu est fidèle et il sait mieux que nous-même ce dont nous avons besoin. C’est le sens profond de la prière de Jésus : « Donne-nous aujourd’hui notre pain quotidien. » Ce qui nourrit la confiance, c’est la découverte sans cesse renouvelée que Dieu est Père, un Père qui aime ses enfants et donne sa vie pour eux.
Cette vie en abondance que Jésus reçoit du Père, il ne la garde pas pour lui, il ne cherche pas à thésauriser. Cette vie coule à profusion en lui, par lui, afin que chaque homme en soit abreuvé. En Jésus, nous accueillons toute la richesse de l’amour de Dieu, de l’amour qu’est Dieu.
A chaque Eucharistie, c’est cette vie donnée de Jésus ressuscité que nous accueillons afin de la partager à notre tour.
Jésus est tout entier accueil et don.

« Heureux, vous les pauvres, le Royaume de Dieu est à vous. »
Remarquons bien que le bonheur révélé par Jésus, ce n’est pas d’être pauvre, mais cette incroyable découverte que le pauvre est héritier du Royaume de Dieu. Et qu’est-ce qu’être héritier du Royaume sinon participer à la vie même de Dieu ?
En d’autres termes, ce que le pauvre seul découvre et expérimente, c’est qu’il est à l’image et à la ressemblance de Dieu -Trinité. C’est le bonheur de celui qui se risque à aimer et qui, pour cela, accepte d’être infiniment vulnérable.
C’est pourquoi l’amour est toujours lié à la souffrance.
Ce qui étonne en regardant Jésus, c’est à la fois son infinie vulnérabilité, et sa force. Contemplez-le au long de sa Passion : il est comme un jouet qui passe de main en main, objet de dérisions, bafoué, humilié. Il apparaît dans toute sa nudité, sa pauvreté. Et pourtant, ceux que l’on plaint, finalement, ce sont ses bourreaux. La liberté et l’amour de Jésus révèlent en pleine lumière le péché, la violence de ses bourreaux, tous ces sentiments qui les détruisent et les avilissent.
Jésus, lui, reste libre. Libre d’aimer et de pardonner à ses bourreaux. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font. » La richesse, la liberté de Jésus, c’est le choix qu’il fait une fois pour toutes de donner sa vie pour que les hommes, tous les hommes, s’ouvrent à l’amour du Père. « Ma vie, personne ne la prend, mais c’est moi qui la donne ! »

Dès lors, comment comprendre les affirmations si dures de Jésus : « Malheureux vous les riches, vous avez votre consolation. Malheureux vous qui êtes repus maintenant, vous aurez faim » ?
Ne les entendons pas comme des malédictions, encore moins des jugements, de la part de Jésus. Jésus fait plutôt un constat attristé : la richesse replie l’homme sur lui-même, entretient la peur de l’autre, occupe la tête et le cœur de l’homme qui n’a plus cet espace de gratuité en lui, nécessaire pour se découvrir aimé et se risquer à aimer.
Je m’interroge toujours, au gré de mes balades, sur le réflexe des hommes à se barricader derrière de hauts murs. Ces murs ne sont-ils pas l’image de ma vie, de nos vies : nous mettons beaucoup d’énergie à vouloir nous protéger des autres, pour préserver ce que nous croyons être notre richesse. Sans nous apercevoir que nous construisons notre propre prison.
Toute sa vie, Jésus n’a rien fait d’autre que d’abattre ces murs qui séparent les hommes. Et il nous révèle un mur, plus subtil parce qu’invisible, qui traverse le cœur de l’homme. Ce mur qui le coupe de sa source. Ce mur qui l’empêche de s’ouvrir à l’amour gratuit de Dieu, cet amour qui guérit, pardonne, relève.

Seigneur Jésus apprends-nous à être heureux comme toi !
Seigneur Jésus, apprends-nous à être libre, comme toi !
Seigneur Jésus, apprends-nous à être pauvre, comme toi !

Frère Nicolas

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Exorciste du diocèse de Besançon, accompagnateur des familles franciscaines séculières en Bourgogne-Franche Comté.

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